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Il n'existe pas un toit parisien mais des toits parisiens, d'époques,
de formes, de matériaux différents. L'adaptation des toits
doit donc se faire au cas par cas, selon la typologie, les spécificités
et les enjeux de chaque bâtiment, en respectant les dispositions
du PLU, dans une démarche
de projet intégrant des éléments nécessaires
mais qui peuvent parfois sembler contradictoires, entre respect des règles
du PLU, identité patrimoniale, contraintes techniques et impératifs
climatiques. Les ventilations des combles sont loin d'avoir été
systématiques dans la construction des immeubles parisiens. Intégrer
la possibilité de ventiler naturellement les combles des immeubles
existants apporte une
aide très efficace pour le confort thermique sous toiture, et par
conséquent pour l'adaptation au changement climatique du bâti
parisien.
| Quels
matériaux recouvrent les toits de Paris ? |
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Du
Moyen-Âge jusqu'au milieu du XIXe siècle, la tuile
et l'ardoise sont les matériaux de couverture les plus
utilisés. L'utilisation de la tuile décline au XIXe
siècle avec la révolution industrielle, supplantée
par le zinc, qui peut être produit en grande quantité
grâce à l'exploitation du charbon, tandis que l'ardoise
est toujours largement utilisée et acheminée depuis
les grandes carrières de l'Anjou, de la Bretagne et des
Ardennes, grâce à l'essor du train et du transport
fluvial.
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Ci-dessous
: Principaux matériaux présents de nos jours sur
les toits des immeubles collectifs parisiens, par période
de construction

Un graphique
du matériau majoritaire sur les toits par arrondissement
Une
carte de Paris vu depuis ses toits montrent l'omniprésence
des toits en zinc ou en hybridation zinc/ardoise dans la capitale
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La malléabilité
d'une feuille de zinc fait qu'elle peut être facilement façonnée
avec les outils appropriés, voire même à la
main. |

On peut
obtenir des détails très fins dans la sculpture du
zinc. |
Le
zinc, matériau dominant et emblématique des toits
parisiens
Qualités
et défauts du zinc
Le
zinc est un matériau très souple, malléable,
étanche, facile à couper et à poser, dont
l'esthétique est appréciée des architectes
parisiens depuis plus de 150 ans. C'est aussi l'un des matériaux
les plus durables et recyclables qui existent : 80 à 100
ans de durée de vie en moyenne. Le zinc possède
aussi l'avantage de pouvoir être utilisé pour fabriquer
tous les éléments d'une toiture, ainsi que ceux
indispensables à l'évacuation des eaux pluviales.
Cependant,
c'est un très bon conducteur thermique : l’été,
il peut atteindre les 80° C au soleil, car il chauffe rapidement
et absorbe très bien la chaleur. De ce fait, cette dernière
se disperse dans les combles et le dernier étage des immeubles,
faisant augmenter d'une dizaine de degrés la température
intérieure des logements.
L'utilisation
du zinc sur les toits parisiens commence vers 1830, puis se généralise
aux alentours de 1850 sous Napoléon III, qui confie au
préfet Haussmann la mission de transformer Paris en une
capitale moderne, végétalisée et assainie,
à l'image de Londres. Des milliers d'immeubles de rapport
sont construits à cette époque (1853-1870) et les
constructions de ce style se poursuivent massivement jusqu'à
la fin du XIXe siècle, période post-haussmanienne.
La
technique parisienne de la pose du zinc majoritairement employée
est la couverture à tasseaux, qui se répand à
partir du Second Empire.
Elle recouvre deux types de toits :
- Les
toits à l'impériale, dont les combles
entièrement recouverts de zinc présentent une
forme courbe qui rappelle la carène renversée
d'un bateau ;
- Les
toits à la Mansart, composés d'un brisis
recouvert d'ardoise et d'un terrasson recouvert de zinc. Sous
Haussmann, c'est grâce à l'utilisation du zinc
ultra-léger, permettant de réduire l'utilisation
de charpentes, que des logements mansardés sont aménagés
sous ces toits, pour loger les domestiques des familles aisées
qui vivent aux étages inférieurs. Ces logements
dépourvus de confort abritent aujourd'hui étudiants
et personnes aux revenus modestes.

Vue aérienne
de toitures à la Mansart, avec brisis en ardoise et terrassons
en zinc, typiques des toitures haussmaniennes. Le brisis est la
partie pentue avec les fenêtres et le terrasson, la partie
la plus plate avec les cheminées. © Belly Couverture
L'aspect
patrimonial du zinc
Le
zinc est historiquement et culturellement associé à
Paris, c'est pourquoi les services du patrimoine sont très
réticents à l'idée qu'on change le type de
matériau des toitures en zinc. Pour rappel, 94 % des bâtiments
parisiens sont soumis à une protection patrimoniale. D'autre
part, la responsabilité de la surchauffe des logements
mansardés en été résulte davantage
du manque d'isolation des combles que de l'utilisation du zinc.
Enfin, aucun matériau possédant des qualités
similaires n'a été trouvé à ce jour
pour le remplacer. |
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La
toiture à l'impériale de l'hôtel Regina,
situé dans le IIe arrondissement, dont la couverture
cintrée tout en zinc incorpore sur ses pentes des lucarnes
rentrantes et des balconnets en plomb. Maîtrise
d'oeuvre : agence d'architecture DIRIM - © RHEINZINK
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Une
pénurie de couvreurs-zingueurs
La
conjonction de l'architecture des immeubles haussmanniens avec
la généralisation de l'emploi du zinc a donné
naissance à des savoir-faire particuliers dans l'art
de couvrir les toits, exercés par les couvreurs-zingueurs.
Ces
savoir-faire se traduisent par une maîtrise parfaite de
la découpe et de la pose des éléments en
zinc - feuilles de couverture, gouttières et ornements
-, ainsi que dans la jonction du zinc à d'autres matériaux,
comme la tuile, l'ardoise et le plomb. On dénombre aujourd'hui
environ 5 500 couvreurs à Paris, mais il en manquerait
500, à cause du manque de vocations pour ce métier
peu connu, dont les conditions de travail sont perçues
par les jeunes comme pénibles et dangereuses.
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Une
jeune couvreuse-zingueuse pose des feuilles de zinc sur un toit.
Même s'il est encore largement masculin, le métier
ne nécessite pas de qualités physiques particulières
et est accessible aux jeunes filles. ©
Gilles Mermet
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| Le
4 décembre 2024, l'Unesco a reconnu les savoir-faire des
couvreurs-zingueurs et ornemanistes en les inscrivant au patrimoine
culturel immatériel de l’humanité, au registre
du patrimoine vivant. Cette reconnaissance prestigieuse,
qui reconnaît ces métiers comme des métiers
d'art à part entière, devrait avoir des effets positifs
sur les candidatures à la formation dans les prochaines
années. |
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Faire
baisser la température sous les toits : un enjeu vital |
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| L'adaptation
des toits au changement climatique, et notamment aux fortes chaleurs
estivales, dont souffrent particulièrement les personnes
qui vivent sous les toits, est un enjeu prioritaire mais complexe.
Les solutions les plus abouties sont le cool roofing
pour les toitures plates ou légèrement pentues,
l'isolation thermique intérieure ou extérieure pour
les toitures en pente. Le défi consiste à concilier
rénovation thermique efficace, bénéficiant
à la fois au confort d'été et à la
réduction de la déperdition énergétique
en hiver, et préservation de l'identité architecturale
patrimoniale des immeubles patrimoniaux rénovés.
1.
Le cool roofing, ou toiture rafraîchie
Lorsqu'il
est structurellement impossible de modifier un toit, il est possible
d'agir sur l'albédo de celui-ci, soit en appliquant une
peinture blanche à base de coquilles d'huîtres ou
de pigments minéraux ultra-blancs, spécialement
conçue pour augmenter son coefficient réfléchissant,
soit par la pose d'une membrane blanche en PVC, qui a l'avantage
d'étanchéifier le toit et de réfléchir
fortement les rayons du soleil. Les surfaces des toits gagnent
en fraîcheur et l'absorption de chaleur est réduite.
Il est impératif que ces travaux soient réalisés
par des entreprises formées à l'application et la
pose de ces produits et au travail en hauteur. Ces solutions se
sont fortement développées ces dernières
années.
2.
L’isolation thermique par l’intérieur
Les
toits en zinc sont la plupart du temps mal isolés et mal
ventilés, voire dépourvus d'isolation. Les 2/3 des
immeubles parisiens disposent de toitures rampantes :
toitures en pente. Sous celles-ci se trouvent les combles, qui
est la zone sous la toiture comprise entre le dernier plancher
et le toit lui-même. On distingue les combles perdus,
non aménageables en raison de leur hauteur ou de leur configuration,
des combles aménagés, pouvant être habités.
L'isolation d'une toiture par l'intérieur se fait dans
les combles. Dans les combles perdus, c'est-à-dire non
habitables, l'isolation du plancher est la solution optimale,
alors que dans les combles aménagés ou aménageables,
pouvant être habités, l'isolation se fait sur les
rampants - parties pentues - de la toiture.
3.
L'isolation thermique par l'extérieur : le sarking
Cette
méthode d’isolation thermique par l’extérieur
est possible pour les toitures rampantes. Près de 35 000
copropriétés parisiennes possèdent une toiture
rampante, soit 80 % des copropriétés. Quelques immeubles
parisiens ont déjà bénéficié
de ce dispositif.
(à
gauche) Avant
rénovation de la toiture,
18
rue Caffarelli (IIIe arrondissement),
la gouttière repose directement sur la corniche.
©
ARTPRIM/M. Gruss
(à
droite) Après
le sarking : la gouttière et la corniche sont séparées
par la sur-hauteur
due à l’épaisseur de l’isolation. La
sur-hauteur est habillée de zinc. ©
ARTPRIM/M. Gruss
Le
sarking consiste à rehausser un toit en déposant
la couverture existante, en ajoutant une couche d’isolant
suivi de la pose d'une nouvelle couverture. Plus l'isolation devra
être efficace, plus la couche d'isolant devra être
importante.
4.
Végétaliser pour faire baisser la température
des logements situés sous les toits, rafraîchir l'air
et favoriser la biodiversité
En
2022, l'APUR recensait un peu moins de 3 500 bâtiments avec
des toitures végétalisées de plus de 100
m², représentant près de 30 % des toits plats
de la ville. Les toitures végétalisées sont
principalement situées dans les arrondissements périphériques,
du XIIe au XXe arrondissement, où les immeubles sont plus
récents, avec une majorité de toitures-terrasses
en béton. À l'inverse, les arrondissements centraux,
dont le bâti est plus ancien, présentent une majorité
de toits pentus en tuiles, ardoise et zinc, peu propices à
une végétalisation.
Il
existe plusieurs typologies de toitures végétalisées,
qui dépendent principalement de l’épaisseur
de substrat mis en place : plus cette épaisseur est importante,
plus les strates végétales peuvent être variées.
On distingue 4 strates :
- La
strate extensive, la plus courante à Paris, concerne
70 % des toits végétalisés. La végétation
qui pousse sur ces toits est composée de sédums.
La palette végétale est restreinte, l'intérêt
pour la biodiversité inexistant. La nature du couvert
végétal ne nécessite pas d'irrigation.
- La
strate semi-naturelle, traitée en pelouse fleurie
naturelle, accueille une flore et une faune sauvages : pollinisateurs,
oiseaux. Il est nécessaire d’accompagner la mise
en place de ce type de végétalisation spontanée,
car elle peut faire percevoir la toiture concernée comme
un espace non entretenu ;
- La
strate semi-intensive,
mélange d'espèces végétales gérées
et spontanées, dont la biodiversité tire un bénéfice
important, l'orientation du toit définit un besoin ou
non d'irrigation ;
- La
strate intensive,
dont le rendu est un véritable jardin. Les bénéfices
pour la biodiversité sont très importants, grâce
à la grande diversité de sa palette végétale.
Mais elle nécessite un entretien constant et un système
d'irrigation permanent.
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L'albédo
est la capacité d'une surface à réfléchir
le rayonnement solaire. Sa valeur est comprise entre 0 et 1. Plus
une surface est claire (valeur proche de 1), plus elle réfléchit
la lumière qu'elle reçoit, plus elle est foncée
(valeur proche de 0), plus elle l'absorde.
© APUR |
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Application
de peinture réflective
© Cool Roof |

Pose
d'une membrane synthétique réflective
©
Waterproof Magazine |
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Dans
les immeubles anciens parisiens avec des toitures en zinc, il est
fréquent d'isoler les combles perdus par l'intérieur.
Au 82 de la rue Marguerite-de-Rochechouart (IXe arrondissement),
l'isolant laine de verre est déroulé sur le plancher
des combles.
Maîtrise
d'oeuvre : LALM architectes - © www.coach copro.com (x2) |
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Strate
extensive, sur le toit d'un bâtiment av. de la Porte
d'Ivry (XIIIe). Végétation rase : mousses, plantes
succulentes, graminées. Le substrat est léger et de
faible épaisseur : 8 à 12 cm. Charge induite : 80
à 150 kg/m².
© Ville de Paris/Clément Dorval |

Strate
semi-naturelle, sur un toit, avenue de la Porte d'Ivry (XIIIe)
: plantes vivaces rustiques, peu exigeantes. La composition du substrat
se rapproche des sols naturels. Epaisseur : entre 10 et 30 cm. Charge
induite : 150 à 350 kg/m².
© Ville de Paris/Clément Dorval
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Strate
semi-intensive, sur le toit de l'école Lacordaire (XVe).
La végétalisation est un mélange d'espaces
gérés et libres, de type prairie et platebandes fleuries,
mêlant plantes horticoles, plantes vivaces, graminées,
petits arbustes, peu à moyennement exigeantes en eau. Substrat
continu ou en bacs et jardinières ; épaisseur : entre
10 et 30 cm.
Charge induite : 150 à 350 kg/m².
© Ville de Paris/Héloïse
Mangin |

Strate
intensive, sur le toit d'un bâtiment avenue de France
(XIIIe). L'ambiance est celle d'un véritable jardin, la composition
est soignée, avec une végétation diversifiée,
des massifs fleuris, voire des arbres si l'épaisseur du substrat
est suffisante (+ de 50 cm). Substrat continu ou en bacs et jardinières,
avec une épaisseur minimale de 50 cm.
Charge induite : + de 350 kg/m².
© Ville de Paris/Jean-Pierre Viguié |
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.....
.Les
toits de Paris face au réchauffement climatique
.........
Des
solutions pour les rafraîchir : isolation thermique,
végétalisation ; ou pour développer
des usages productifs et de loisirs
............
78%
des toits de Paris sont en zinc. Or, ce matériaux
est un très bon conducteur thermique : l’été,
il peut atteindre les 80° C au soleil. La chaleur
se disperse alors dans les combles et le dernier étage
des immeubles, faisant augmenter la température
intérieure des logements, d’une dizaine
de degrés.
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Comment
faire baisser la température sous les toits parisiens
?
....
L’adaptation
des toits au changement climatique, et notamment aux fortes
chaleurs estivales dont souffrent particulièrement
les personnes qui vivent sous les toits, est un enjeu
prioritaire mais complexe. Les solutions les plus abouties
sont le cool roofing pour les toitures plates ou légèrement
pentues, l’isolation thermique intérieure
ou extérieure pour les toitures en pente. Le défi
consiste à concilier rénovation thermique
efficace, bénéficiant à la fois au
confort d’été et à la réduction
de la déperdition énergétique en
hiver, et préservation de l’identité
architecturale patrimoniale des immeubles rénovés.
Direction
régionale et interdépartementale de l'Environnement,
de l'Aménagement et des Transports d'Île-de-France
Unité
départementale de Paris drieat.ile-de-france.developpement-durable.gouv.fr
Réalisation
: DRIEAT IF/ UDEAT 75/SADCT/PECT/Cécile Fedecki
- Avril 2026
Cheffe de projet : Marine Paulais - Sous
la direction de : François Belbezet - Rédaction
et mise en pages : Cécile Fedecki
Relecture : François Belbezet, Marine
Paulais, Cécile Fridé, architecte conseil
de l'État, et Claire Alliod, paysagiste conseil
de l'État
Dépôt légal : avril 2026 - N°
ISBN : 978-2-11-179900-4 |
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