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Comment se rend-on dans les rues commerçantes des villes de la
moyenne couronne francilienne ? Quel est le profil des client·es
et leurs habitudes de fréquentation ? Nous avons enquêté
entre juin et octobre 2025 dans quatre villes de près de 50 000
habitant·es :
Ermont (95), Chelles (77), Antony (92) et Rosny (93). Les résultats
sont clairs, la grande majorité des client·es viennent à
pied, tandis que la voiture ne représente qu’une faible part
des trajets. Pourtant, dans les centres-villes de ces quatre communes,
la voiture semble régner.
Une majorité de répondant·es considèrent qu’il
y a trop de voitures, mais nous disent : C’est normal, on est
au centre-ville.
Comme si le bruit, les gaz d’échappement et les bouchons
faisaient partie du décor.
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Ermont
(95) |
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| À
Ermont, dans le Val d’Oise, notre enquête montre qu’une
majorité de client·es vivent dans la commune et
se rendent à pied aux commerces du centre-ville. Cependant,
les client·es font des courses moins importantes que dans
les autres villes étudiées. En effet, le centre
commercial, proche et très accessible, y compris pour les
piéton·nes, représente une concurrence majeure.
Si le centreville souhaite rivaliser, il doit travailler sur ses
atouts : proximité, confort pour les modes actifs, qualité
et diversité des commerces, présence d’un
marché, et qualité d’un espace public apaisé.
Une
clientèle fidèle et très locale, et piétonne
82 % des client·es de la rue Stalingrad sont des Ermontois·es.
Ils·elles se répartissent à part égales
entre habitant·es du centre-ville et hors centre-ville.
65
% des client·es de la rue de Stalingrad sont des piéton·nes.
20 % viennent en voiture, et 7 % en transports en commun.
Quand
on analyse les modes de déplacement selon le lieu d’habitation,
on voit que plus les client·es habitent à proximité,
plus ils·elles viennent à pied ou à vélo.
Une écrasante majorité (93 %) des personnes habitant
au centre-ville vient à pied. Les piéton·nes
viennent aussi le plus fréquemment.
En
termes de volume d'achat, les cyclistes sont celles·ceux
qui achètent le plus de choses. Il faut souligner qu’à
Ermont, les volumes d’achat sont plus faibles que dans les
trois autres villes étudiées. Cela a certainement
un lien avec le centre commercial, qui se situe non loin du centre-ville,
et qui est considéré comme étant moins cher
par les client·es de la rue de Stalingrad. Au vu des petites
quantités achetées en centre-ville, il semblerait
que les client·es fassent essentiellement des courses d’appoint.
Il
est important de souligner que notre étude montre qu’une
part importante des client·es de la rue de Stalingrad sont
retraité·es. Avec 43 %, les retraité·es
sont
surreprésenté·es par rapport aux 22 % qu’ils·elles
représentent dans la population totale d’Ermont.
Cette population se déplace plus à pied que la moyenne
- 75 % des retraité·es contre 65 % de la moyenne
-, achète des plus grandes quantités - 31 % achètent
de quoi remplir un cabas, contre 25 % de la moyenne - et dépensent
plus : 26 % dépensent plus que 50 euros contre 17 % de
la moyenne.
Les
automobilistes ne viennent pas souvent faire leurs courses dans
la rue de Stalingrad
Les
automobilistes viennent moins fréquemment que les autres
client·es, dépensent moins, et achètent des
volumes plus petits. Ils·elles ne sont pas plus âgé·es
que la moyenne des client·es. Les raisons qui sont communément
mises en avant pour justifier l’usage de la voiture - transports
de charges lourdes et âge avancé - ne sont donc pas
applicables aux client·es automobilistes de la rue de Stalingrad.
Le
changement du plan de circulation n'a que peu impacté les
client·es automobilistes
Le
passage de la rue en sens unique n'a eu que peu de conséquences
sur la mobilité des client·es de la rue de Stalingrad.
13
% des répondant·es affirment être des ancien·nes
automobilistes, reconverti·es à la marche à
pied (10 %) et au vélo (3 %) suite à la mise en
sens unique. 17 % des répondant·es automobilistes
(soit 3 % de la clientèle totale) affirme moins fréquenter
la rue depuis le changement de plan de circulation.
En
matière de flexibilité dans le choix des modes de
transport, 59 % des automobilistes interrogé·es
déclarent parfois renoncer à la voiture pour se
rendre dans la rue de Stalingrad. Parmi ces alternatives, la marche
à pied arrive largement en tête des choix privilégiés.
Malgré
les difficultés de circulation qui étaient souvent
pointées lors de nos interviews, les client·es automobilistes
ne semblent pas toutes et tous impacté ·es par le
nouveau changement de circulation : 36 % ne sont pas d’accord
avec l’affirmation La circulation en voiture est difficile.
Étonnamment,
ce sont les client·es non-automobilistes qui jugent le
plus sévèrement les conditions de déplacements
en voiture. Une bonne partie du discours critique autour du nouveau
plan de circulation, omniprésent à Ermont, semble
être entretenue par des personnes qui ne sont pas directement
concernées.
Les
réponses des automobilistes à deux autres questions
de notre questionnaire nous éclairent sur la pénibilité
réelle des déplacements en voiture : 72 % des automobilistes
se disent satisfaits de leurs conditions de déplacement
en centre-ville, et seulement 3 % disent que leur trajet pour
venir dans la rue de Stalingrad était difficile.
Une
rue trop routière et pas assez végétalisée
Un·e
répondant·e sur cinq trouve que la rue n’est
pas conviviale et accueillante, des chiffres semblables à
ceux de Rosny et parmi les plus élevés dans notre
échantillon de quatre villes. Ce manque de convivialité
et de caractère accueillant peut être expliqué
par le manque de verdure, et une trop grande présence automobile.
60 % estiment qu’il n’y a pas suffisamment de végétation.
À peu près autant estiment qu’il y a trop
de voitures. Ce manque de convivialité pourrait aussi être
dû au manque de diversité dans les types de commerces.
Si nous n’avons pas intégré cette question
dans le questionnaire, la remarque est revenue régulièrement
lors de nos discussions avec les enquêté·es.
Côté
cyclistes, un tiers estiment que les conditions de circulation
à vélo restent compliquées, même après
la mise en place des deux bandes cyclables de chaque côté
de la chaussée. Les conditions de déplacements à
trottinette et à vélo restent dangereuses du fait
du trafic élevé aux heures de pointe, du manque
de séparation physique avec celui-ci, du risque de se prendre
une portière lorsqu’un·e automobiliste sort
de sa voiture stationnée, et des nombreux stationnements
en double file sur les bandes cyclables, qui obligent les cyclistes
à basculer sur la voie de circulation générale.
Un
centre commercial plus attractif que le centre-ville ?
Comparé
aux client·es des autres villes étudiées,
les client·es de la rue de Stalingrad sont de loin ceux·celles
qui fréquentent le plus le centre commercial. Même
les habitant·es du centre-ville y vont régulièrement
: plus de la moitié d'entre eux·elles s’y
rendent entre une à trois fois par semaine, un chiffre
bien supérieur aux 15 à 30 % observés dans
les autres villes étudiées.
Parmi
les raisons, les enquêté·es évoquent
notamment les prix, qu’ils·elles estiment plus bas,
et la bonne accessibilité à pied du centre commercial.
S’ils·elles n’y vont pas aussi régulièrement
qu’au centre-ville, ils·elles semblent y acheter
la majorité de leurs courses. |

L’ajout
des bandes cyclables a amélioré la situation des
cyclistes et des personnes en fauteuil roulant. En dehors des
heures de pointe, on voit maintenant des familles se déplacer
à vélo. Cependant, aux heures de pointe la situation
se dégrade.
© Collectif Vélo IDF
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Enquête
quantitative


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Perspectives
d'évolution
Diminuer
le nombre de voiture pour une rue plus sûre et agréable
pour les piéton·nes et les cyclistes
Ci-dessous,
nous proposons des mesures pour fidéliser la clientèle
existante, et pour faire venir les non-retraité·es
au centre-ville.
Afin
de fidéliser la catégorie de client·es importante
des retraité·es, il est nécessaire d’augmenter
leur sentiment de sécurité. En effet, ils·elles
sont dérangé·es par des trottinettes et vélos
qui continuent à circuler sur les trottoirs, en raison
de la sécurisation insuffisante de la bande cyclable. Déployer
un aménagement réellement sécurisé
encouragerait les cyclistes et trottinettistes à rouler
sur la chaussée. Cet aménagement pourrait être
réalisé en inversant le positionnement de la bande
cyclable et la file de stationnement.
Il
faut également travailler sur les atouts spécifiques
du centre-ville par rapport au centre commercial. Pour renforcer
l’attractivité du centre-ville, une stratégie
globale est nécessaire. Cela passe d’abord par un
travail ambitieux de végétalisation : plus de places
ombragées et d’espaces verts pour améliorer
le cadre de vie et inciter à la flânerie. Il faut
aussi agir sur l’offre commerciale pour la diversifier.
Enfin,
il est nécessaire de réinterroger la place de la
voiture dans la rue de Stalingrad. À l’inverse du
centre commercial, l’atout du centre-ville réside
dans son accessibilité à pied et à vélo.
Si beaucoup de personnes, notamment les retraité·es,
viennent déjà à pied, un potentiel important
réside dans le vélo qui pourrait permettre aux habitant·es
hors centre-ville de rejoindre les commerces de la rue de Stalingrad.
Pour les convaincre, il faut améliorer la cyclabilité
de la commune et les aménagements dans la rue de Stalingrad. |
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Contexte
Une
améloriation de la circulation à pied et à
vélo, mise à mal
à l'heure de pointe
À
Ermont, l’enquête s’est concentrée
sur la rue de Stalingrad, la centralité commerciale de
la ville. Elle a fait l’objet à l’automne
2023 d’un changement de plan de circulation. La rue est
à présent en sens unique, avec deux bandes cyclables
de part et d’autre de la chaussée. Les deux files
de stationnement de chaque côté de la rue ont été
conservées.
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| Sur
400 mètres on trouve une soixantaine de commerces avec
une surreprésentation de coiffeurs et d'agences immobilières.
La rue de Stalingrad est bien desservie en transports en commun,
avec deux gares... ... de Transilien aux deux extrémités
de la rue. Ermont est entouré par les autoroutes A115 et
A15, et le centre de la ville sert d’axe de transit pour
les rejoindre, et relier les villes voisines. Ainsi, la rue de
Stalingrad est empruntée par un nombre important de voitures
qui ne font que passer sans s’y arrêter.
Le
changement de plan de circulation a amélioré la
situation des cyclistes et diminué le nombre de voitures.
Cependant, aux heures de pointes, le sens de circulation maintenu
accueille toujours un flux important de véhicules motorisés.
Cet axe principal se retrouve donc toujours impacté par
un trafic qui dégrade la qualité de vie des habitant·es,
des piéton·nes et des cyclistes. |
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| Conclusion
La
rue de Stalingrad sert aux courses d’appoint et aux retraité·es
On
observe plusieurs différences notables avec les autres
villes étudiées : une grande partie - 43 % des client·es
- sont des retraité·es. Ce sont des client·es
important·es pour les commerces de proximité, car
ils·elles achètent de plus grandes quantités
que la moyenne. Ils·elles sont le plus souvent à
pied. Les automobilistes se disent moins impacté·es
par les difficultés de circulation que les automobilistes
dans d’autres villes, bien que la rue ait été
mise en sens unique. Finalement, les client·es de la rue
fréquentent beaucoup plus le centre commercial que les
client·es dans les autres villes. Le centreville sert notamment
pour les courses d’appoint. |
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Les
commerçant·es : des automobilistes qui surestiment
l'usage de la voiture |
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Les
commerçant·es sont des acteur·ices important·es
dans l’aménagement des centres-villes, car les projets
urbains devant leurs locaux les concernent directement. Nous avons
présenté notre enquête aux commerçant·es
et leur avons proposé un questionnaire semblable à
celui des client·es pour interroger : leurs propres habitudes
de mobilité et leurs perceptions de la mobilité
de leurs client·es.
Les
pratiques de mobilité des commerçant·es
Les
commerçant·es ne sont pas en majorité des
habitant·es de la ville où se situe leur commerce.
En effet, ils·elles habitent pour la plupart aux alentours
de la ville étudiée, sauf à Chelles, où
la situation est plus contrastée.
Les commerçant·es sont selon l’INSEE la catégorie
de population qui prend le plus la voiture pour ses déplacements
domicile-travail (1). Cela se traduit dans
l’enquête effectuée dans les quatres villes
franciliennes. Dans l’ensemble des quatre villes, le mode
de transport majoritaire des commerçant·es est la
voiture, à raison de 82 % des commerçant·es
qui font leurs trajets domicile - travail en voiture à
Ermont, 60 % à Rosny-sous-Bois, 54 % à Chelles,
et 42 % à Antony. Cette expérience personnelle peut
influencer leur image de la mobilité de leurs client·es.
Les
commerçant·es surestiment la part des automobilistes
Les
commerçant·es ont une perception imparfaite du mode
de transport majoritairement emprunté par leurs client·es.
Si ils et elles ne placent pas la voiture en premier mode de transport,
ils et elles surestiment largement l’usage de la voiture,
et sous-estiment la marche et le vélo. La vision des commerçant·es
interrogé·es sur les possibilités de stationnement
automobile est très critique. Ils·elles trouvent
généralement qu’il n’y a pas assez de
stationnement aux abords des commerces, et qu’il est difficile
de se garer dans le centre-ville. Pour rappel :
-
à
Antony, 72,2 % des automobilistes répondant·es
jugent qu’il est facile de se garer,
-
à
Rosny, 71 % des automobilistes jugent qu’il est facile
de se garer.
Les
commerçant·es étaient nombreux ·ses
à souhaiter une amélioration des conditions d’utilisation
de la voiture lors de l’enquête, notamment des conditions
de stationnement. Ils·elles veulent aussi plus de places
de stationnement proches de leurs commerces, alors même
qu’en moyenne les client·es automobilistes marchent
entre 1 à 5 minutes entre leur stationnement et le commerce
visité.
(1)
insee.fr
: En 2021, 76,9% des artisans, commerçants et chefs d’entreprises,
utilisent la voiture pour aller travailler. |
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| Les
commerçant·es ont une perception imparfaite du mode
de transport majoritairement emprunté par leurs client·es.
[...] ils et elles surestiment largement l’usage de la voiture
et sous-estiment la marche et le vélo. |
|
.....
.La
transformation des rues commerçantes de centre-ville
....
Enquête
auprès de la clientèle de 4 villes franciliennes
............
La santé économique
des commerces de centre-ville suscite beaucoup de
débats. À écouter
les commerçant·es et certain·es
élu·es, limiter la voiture dans les
centre-villes entraînerait inévitablement
la mort des commerces de proximité. Le Collectif
Vélo Île-de-France a mené une
enquête de terrain quantitative à Chelles,
Ermont, Antony et Rosny, 4 villes de moyenne couronne,
où la voiture est encore omniprésente,
pour savoir si les client·es prennent réellement
la voiture pour aller faire leurs courses.
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......
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.......
Enquête quantitative de
terrain
Le
travail a été réalisé
avec l’aide des bénévoles des
associations locales, qui connaissent bien le terrain,
ce qui était important pour adapter les questionnaires
aux spécificités locales. Nous avons
choisi une rue commerçante importante pour
chaque ville. 200 réponses ont été
récoltées à Antony et à
Rosny-sous-Bois, 171 réponses à Chelles,
et 146 réponses à Ermont, soit un total
de 717 réponses. Ces échantillons permettent
d’obtenir des résultats fiables, avec
une marge d’erreur estimée entre 7 et
8 % pour chaque ville, au niveau de confiance de 95
%.
Bilan
réalisé par le Collectif Vélo
Île-de-France, association loi 1901 contact
Comité de rédaction et coordination
: Louise Échivard, Marie Wehner, Louis Belenfant
Typographies : Basic Sans - Conception
graphique : Louise Robert
Remerciements aux associations : Rosny Cyclette,
MDB Antony, MDB Chelles et MDB Ermont-Eaubonne, Louise
Échivard et Violette Rémy, pour avoir
interrogé des centaines de client·es
et aux villes d'Aubervilliers, Pantin, Saint-Denis
et de Sceaux, ainsi qu'à l'EPT Plaine Commune
pour leur témoignages
velo-iledefrance.fr
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