L'AESN déplore l'influence de l'agriculture intensive sur la qualité des sols et sous-sols
Au cours de ces dernières
années, l'agriculture a complètement évolué et
le paysage rural s'est profondément modifié. Cette modification
pose de nombreux problèmes dans la gestion de l'eau.
L'irrigation peut, en période d'étiage, assécher les
rivières dans les secteurs les plus sensibles, provoquant ainsi des
dégâts considérables sur toute vie aquatique.
L'agriculture serait responsable
des 2/3 des rejets azotés et produirait, via les déjections
animales et les engrais, 22% de la pollution par le phosphore.
La contamination par les phytosanitaires est très importante.
Sur le bassin "Seine Normandie", plus de cinq millions de personnes
ont eu à leur robinet à un moment ou à un autre de l'année
- en général au printemps lors des traitements - une eau où
les teneurs en pesticides dépassaient les normes admissibles.
En 1999, 12% des captages en eaux souterraines présentent par ailleurs
une teneur en nitrates supérieure à 50 mg/L et 12% ont une teneur
comprise entre 45 et 50 mg/L. 42% de ces captages présentent des teneurs
en pesticides supérieures à 0,1 micro grammes par litre.
Cependant, ces dernières années, une prise de conscience s'est
fait jour. La profession agricole s'engage dans des programmes de maîtrise
des pollutions animales et dans des opérations de réduction
des engrais et phytosanitaires certes encore trop peu développés.
Un
accroissement exponentiel de l'irrigation, des ressources en eau qui s'amenuisent
d'autant
C'est l'évolution la plus lourde de conséquences pour l'eau.
Entre 1988 et 1995, la surface totale irriguée sur le territoire français
est passée de 1,15 à 1,62 millions d'hectares, soit une augmentation
moyenne de 5 % par an.
Les ressources en eau sont mises à mal mais on ne voit pas bien comment
inverser la tendance. Tout, actuellement, pousse les agriculteurs à
arroser.
La Politique Agricole Commune (PAC) a provoqué une nouvelle baisse
des prix de 20 % qui devrait inciter à produire encore plus sur un
minimum de surface. Enfin, les exigences de qualité toujours plus grandes
des industriels de l'agroalimentaire obligent à forcer la nature. Plus
question désormais de vendre des légumes qui n'ont pas un bel
aspect. Si bien qu'aujourd'hui, on arrose systématiquement jusqu'aux
pommes de terre pour qu'elles atteignent une taille standardisée pour
la fabrication de chips et frites industrielles.
L'eau est devenue le facteur essentiel de rentabilité de nombreuses
exploitations.
Sur le bassin Seine-Normandie, les surfaces irriguées représentent
autour de 100 000 hectares. Un hectare irrigué "boit" environ
1000 m3 par an, mais on serait bien en peine d'en déduire la consommation
exacte d'eau de l'agriculture.
A cultures à moindre coût, excès d'engrais dans les milieux aquatiques
La nécessité
d'accroître la production à des coûts moindres a conduit
à une surutilisation des engrais
azotés et des produits phytosanitaires. En excès, ces matières
actives migrent vers les milieux aquatiques
superficiels et souterrains.
La concentration des élevages complexifie la gestion des effluents de lisier ou de fumier
On constate depuis plusieurs
années une concentration de plus en plus forte des élevages
bovins, porcins et volailles. Cet accroissement de la taille des élevages
conduit à des problèmes de gestion des effluents - lisiers ou
fumiers - mal pris en compte dans les bilans de fertilisation.
En quelques années, la France est passée d'une agriculture "paysanne"
à une agriculture industrielle. Cette évolution a un fort impact
sur la qualité des eaux.
La disparition du bocage intensifie l'arrivée des nitrates dans les rivières et eaux souterraines
L'agriculture du bassin
"Seine-Normandie" est extrêmement développée.
Les grandes fermes de la Brie, de la Beauce, de la Normandie, de la Champagne
pouilleuse font désormais des superficies de plusieurs dizaines d'hectares.
Les haies des anciens bocages ont été arasées, les bois
détruits pour faire passer le matériel agricole et pousser les
rendements.
Ces aménagements ont des conséquences importantes sur la qualité
des eaux.
En effet, nitrates en excès et pesticides sont lessivés par
les pluies et collectés par les rivières ou atteignent les nappes
souterraines. En Normandie, les prairies ont fait petit à petit place
aux cultures fourragères, surtout du maïs. Chaque épisode
pluvieux provoque l'érosion de sols qui sont désormais nus en
hiver, provoquant une turbidité des eaux. Celles-ci deviennent alors
impropres à la consommation.
Réorienter la règlementation vers "un plan anti-pollution"
La récente prise
en compte de la Directive Cadre européenne et les actuels derniers
arbitrages interministériels concernant le projet de loi sur l'eau
ne permettent pas de présenter le plan d'actions structuré
de l'Agence de l'Eau "Seine Normandie" pour l'agriculture, de ce
fait encore en cours d'élaboration et d'organisation.
Deux orientations majeures sont à travailler, sur le plan réglementaire
avec la mise en uvre d'une redevance sur la pollution résiduelle
générée par l'activité agricole, et une réflexion
en partenariat avec tous les usagers de l'eau sur un infléchissement
de certaines pratiques agricoles prenant en compte les composantes environnementales
et la gestion de l'eau en particulier.
Une redevance de pollution agricole
Le système actuel
du Programme de Maîtrise des Pollutions d'Origine Agricole (PMPOA) implique
que chaque éleveur fasse annuellement une déclaration d'activité
polluante basée sur son cheptel présent, sur ces dispositifs
de récupération des effluents - fosse à lisiers, fumières
- et sur la gestion agronomique de l'épandage de ces effluents. La
pollution résiduelle peut faire l'objet de l'émission d'une
redevance si elle est supérieure à un seuil de perception.
Cette analyse va être grandement modifiée par la mise en place
d'une redevance basée sur les excédents d'azote produits dans
toute exploitation agricole (cultures, maraîchages, horticulture, élevage,
etc
). Il sera réalisé un bilan entrées-sorties
d'azote au niveau global de l'exploitation. Le solde, s'il est positif au-dessus
de certains seuils, ferait l'objet d'une redevance.
Cette méthode se substituerait à l'actuelle redevance sur les
élevages. Elle aurait le mérite de cibler tous les types d'activité
agricole.
Le projet de loi
sur l'eau a fait dernièrement l'objet de derniers ajustements.
Le Programme de Maîtrise des Pollutions d'Origine Agricoles (PMPOA) est en cours de modification. La Commission européenne vérifie la conformité de ce dossier avec ses propres règles. Il devrait se prolonger selon deux axes :
Cette nouvelle orientation correspond aux souhaits que l'Agence avait émis dès le début du programme.
Les
actions engagées sur la maîtrise des phytosanitaires :
L'irrigation devra aussi
faire l'objet d'une meilleure gestion liée en particulier à
celle des nappes aquifères.
Tous ces aspects pourraient être liés à la politique des
Contrats Territoriaux d'Exploitation (CTE).
Source : Agence de lEau Seine-Normandie ; www.aesn.fr