La surveillance de la santé des poissons est le baromètre de
la qualité des eaux, particulièrement
dans le bassin Seine-Normandie. Les poissons, intègrant toutes les
composantes de l'écosystème
dont ils dépendent, sont de très bons révélateurs
de la qualité des eaux de rivière.
Le Réseau Hydrobiologique et Piscicole (R.H.P.) permet de surveiller
les populations de poissons,
dont il donne chaque année un état des peuplements. Le RHP du
bassin Seine-Normandie compte 138 stations,
représentatives de la variété naturelle et du degré
d'aménagement des rivières du bassin.
Le R.H.P. : fruit d'un partenariat
Mis en place en 1995,
le RHP est le fruit de la collaboration de deux partenaires : le Conseil Supérieur
de la
Pêche (C.S.P.), et l'Agence de l'Eau Seine-Normandie (AESN).
Sous tutelle du ministère de l'Environnement, le Conseil Supérieur
de la Pêche a pour but de protéger et de
restaurer le patrimoine aquatique, ainsi que de promouvoir la pêche.
Le CSP est une structure nationale,
composée de 8 délégations régionales, de 92 brigades
départementales et de 10 brigades d'intervention.
Au total, il. regroupe 680 gardes-pêche et techniciens, et une quarantaine
d'ingénieurs.
Constamment au bord de l'eau, selon lAESN, ingénieurs, techniciens
et gardes du Conseil Supérieur de la Pêche
"constituent un précieux réseau d'observation et de surveillance
des milieux aquatiques et piscicoles". Ils apportent
aux décideurs et aux aménageurs, à l'échelon local
comme national, l'exacte mesure des problèmes, et proposent
des solutions.
Le CSP est responsable de la mise en ceuvre technique du Réseau Hydrobiologique
et Piscicole, ainsi que de
l'analyse et de la synthèse des données.
La pêche électrique
Tous les ans, les poissons
sont échantillonnés sur chacune des stations du réseau.
La pêche électrique permet de
prélever les poissons sans les blesser. La technique consiste à
faire passer un courant électrique contrôlé, dans
l'eau, pour attirer le poisson. Récupéré à l'épuisette,
identifié et mesuré, le poisson est ensuite remis à l'eau.
Mesurer l'impact des activités humaines sur les cours d'eau
Pour lAESN, en observant
les peuplements de poissons, on mesure de façon fiable l'impact des
activités humaines sur les cours d'eau. On évalue les effets
nuisibles (pollution, destruction des milieux), mais on estime également
les résultats des politiques mises en oeuvre dans le domaine de la
protection et de la réhabilitation des milieux aquatiques :
- lutte contre les pollutions ;
- préservation
des zones humides ;
- protection ou
réintroduction d'espèces...
Les indicateurs essentiels
Pour déterminer
l'état des peuplements de poissons - et donc l'état de santé
des milieux - on prend en compte les
indicateurs suivants :
Grands axes : trois facteurs de dégradation, mais une amélioration sensible
En observant les peuplements
de poissons, on mesure l'impact des activités humaines.
La qualité de l'eau, sur les grands axes - Seine, Marne, Oise - souffre
des pollutions liées à la concentration de
population, et des activités industrielles qui en résultent.
Par ailleurs, les grands cours d'eau sont aménagés pour la navigation,
et la diversité des habitats aquatiques s'en
trouve considérablement réduite. Cette uniformisation des milieux
est également défavorable au maintien de
nombreuses espèces de poissons, constate lAESN.
La modification des régimes hydrauliques constitue le troisième
facteur de dégradation des peuplements, car la
régulation artificielle des débits perturbe le cycle biologique
de certaines espèces de poissons.
Quoi qu'il en soit, lagence de leau Seine-Normandie affirme que
grâce aux efforts de dépollution entrepris depuis
une trentaine d'années, la qualité de l'eau s'est sensiblement
améliorée sur les grands axes. Cette amélioration se
perçoit notamment sur les secteurs qui étaient les plus pollués,
comme la Seine aval. Elle se traduit par un retour
de certaines espèces.
Le contrôle des pollutions reste bien sûr toujours nécessaire.
Pour être efficace, il doit en outre être accompagné
d'une rediversification du lit du fleuve.
Petits cours d'eau : des situations très variées, des inquiétudes pour l'avenir
Pour les petits cours
d'eau, il existe un lien évident entre l'état des peuplements
de poissons et l'intensité des
activités humaines. L'impact de ces activités peut être
très localisé :
Ou, au contraire, jouer à une échelle beaucoup plus grande :
La variété
des menaces rend leur maîtrise extrêmement délicate. La
sauvegarde des peuplements piscicoles
passe par la combinaison d'actions locales avec des actions plus globales,
pensées à l'échelle du bassin versant.
Gros plan sur languille : attention, danger !, alerte lAESN
Avec sa forme
allongée et sa célèbre aptitude à vous glisser
entre les mains, l'anguille est un poisson bien connu
du grand public. Pour autant, qui sait que l'espèce est menacée
? ", interroge l'agence de l'Eau Seine-Normandie.
Un grand migrateur
L'anguille se reproduit
en mer, au large du Mexique. Les larves parcourent quelque 6000 km pour traverser
l'Atlantique, se transforment en civelles - de jeunes anguilles de quelques
centimètres de long, encore
transparentes - avant d'aborder les côtes européennes.
Une migration qui dure à peine moins d'un an. Les anguilles remontent
alors les cours d'eau, dans lesquels elles
poursuivent leur croissance. Après plusieurs années (parfois
jusqu'à 15 ans), elles retournent vers la mer pour se
reproduire.
Une richesse internationale
Toutes les anguilles européennes
se reproduisent au même endroit, plus précisément dans
la mer des Sargasses.
L'espèce formant une seule population au monde, il faut envisager sa
gestion de manière globale, et non
simplement locale, souligne lAESN, qui ajoute que l'importance économique
attachée à l'anguille doit être prise
en compte. En effet, c'est l'une des rares espèces d'eau douce
largement exploitée par la pêche professionnelle.
Une espèce menacée
Depuis les années
70, le stock d'anguilles diminue un peu partout en Europe. De
nombreux facteurs sont
responsables de cette évolution :
Et dans le Bassin Seine-Normandie ?
L'anguille est le dernier
poisson migrateur encore très présent sur le bassin Seine-Normandie.
Elle est abondante surtout le long des côtes, mais remonte aussi très
loin à l'intérieur des terres, dans le réseau hydrographique.
"Dans les cours d'eau côtiers de la Normandie, la baisse inquiétante
des effectifs est le reflet de la situation européenne globale",
martelle l'agence de surveillance de la qualité de l'eau. "A certains
endroits, les populations d'anguilles ont diminué de moitié
en une dizaine d'années !"
Sur la Seine et ses affluents, on note pourtant une augmentation modérée
des effectifs. On reviendrait de loin. Dans les années 60 et 70, la
pollution de la Seine aval était telle, qu'elle avait gravement perturbé
la colonisation du réseau hydrographique. Une grande partie du bassin
était alors presque inaccessible...
Lagence de leau voit tout de même poindre une lueur despoir,
rappelant que les efforts de dépollution de ces
dernières années ont permis un retour progressif de l'espèce.
Cette évolution positive, observée également sur
d'autres fleuves, comme la Tamise, néanmoins, masque sur ces
axes le déclin général de l'espèce.
source : Agence de lEau Seine-Normandie, www.aesn.fr