Inventaire botanique d’une ancienne carrière de la vallée
de la Seine
dans la boucle de Guernes
Agence des Espaces Verts – Biotope - 2002
Synthèse
Dans
le cadre de la politique de conservation des espaces naturels d’intérêt
régional, l’Agence des Espaces Verts de la région Ile-de-France
a souhaité mettre en place un inventaire botanique d’une ancienne
carrière exploitée par la Compagnie des Sablières de
Seine afin de l’intégrer par la suite dans un plan de gestion
prenant en compte les
enjeux liés à la flore et la faune.
L’objectif
de cette étude était de réaliser une expertise floristique
sur l’ensemble du site de Flicourt (commune de Guernes, en aval de
Mantes-la-Jolie, 78), jusqu’à présent plus connu par
son intérêt ornithologique que botanique, et de fournir des
prescriptions en terme de gestions.
En complément, il a été effectué une expertise
forestière sur les potentialités de production des divers
boisements (spontanés ou plantés) présents sur le site.
L'ensemble du site a été prospecté au cours de différents
passages (17 mai, 28 et 30 juin, 8 et 9 juillet, 2 août).
La nomenclature utilisée pour décrire les espèces végétales
suit la Nouvelle flore de Belgique. Dans chacun des habitats reconnus, nous
avons effectué des relevés floristiques suivant la méthodologie
définie par Braun-Blanquet. L’expertise de forestière
a consisté à relever les principales caractéristiques
définissant le peuplement ainsi qu’à estimer les potentialités
hydriques et trophiques de chaque habitat.
I. Diagnostic et enjeux botaniques
Le site de Flicourt est composé de deux bassins en eau, d’une vaste prairie et de divers boisements spontanés ou plantés lors du réaménagement de la carrière. Les inventaires ont permis de mettre en évidence plus de 300 espèces constituant 17 habitats. On rencontre ainsi :
II. Expertise forestière
L’expertise
forestière met en évidence que les formations boisées
spontanées (la saulaie et la bétulaie) sont en pleine évolution
et présentent de bonnes potentialités de production.
La peupleraie est bien conformée et pourra être exploitée
en 2015.
Les autres plantations, plus récentes concernent une pineraie à
Pin noir et de nombreuses autres essences en mélange sur 25 ha. Ces
dernières ne sont pas toutes bien adaptées aux caractéristiques
du milieu. De plus, elles sont dans leur ensemble assez peu intéressantes
d’un point de vue botanique. Cependant, certaines pourraient fournir,
avec un entretien régulier, un bois de qualité pour l’exploitation
forestière.
III. Objectifs de gestion botaniques
L’objectif principal est le maintien des espèces et des habitats patrimoniaux :
Pour l’Illécébre verticillée, il pourra être envisagé un suivi scientifique avec la mise en place de parcelles expérimentales.
Pour les autres espèces remarquables, leur préservation dépendra du maintien des habitats dans lesquels elles apparaissent (voir une tentative de transplantation de la Grande Naïade, vers le grand bassin).
Il est
aussi impératif de conserver la diversité biologique due à
la juxtaposition de milieux très différents.
Une attention particulière sera portée sur la végétation
des berges qui devra bénéficier d’une gestion des niveaux
d’eau plus adéquate et pour laquelle il pourra être envisagé
un reprofilage des berges. De même, la saulaie blanche pourrait profiter
de mesure simple permettant de la diversifier :
D’autres
habitats devront être rééquilibrés. Ainsi, les
ligneux pionniers doivent être contrôlés pour ne pas
empiéter sur les habitats adjacents plus intéressants (berges
humides, pelouses) et une partie de la prairie sera réorientée
vers
une pelouse.
La diversification du site permettra la création de nouveau habitats
:
Il est nécessaire d’entretenir ces différents milieux :
En ce qui concerne les plantations, il est à envisager une restauration d’un mélange caractéristique d’essences spontanées associant des essences locales en strate arborée et en strate arbustive :
A la vue
de la qualité des habitats rencontrés, les objectifs seront
patrimoniaux, c’est-à dire que la gestion visera avant tout
à maintenir les espèces ou les cortèges de plus haute
valeur patrimoniale.
Mais la gestion ne sera pas exclusive. Elle sera certes sélective,
car elle privilégiera les habitats patrimoniaux, mais elle concernera
aussi l’ensemble des habitats (structuration propre, superficie) afin
de garantir une diversité maximale.
La gestion
sera basée sur le maintien ou la réactivation des processus
de régénération naturelle des milieux, c’est
à dire qu’elle intégrera l’instabilité
et la fugacité des milieux (pelouses et friches notamment), en passant
si nécessaire par la destruction de stades âgés.
La gestion sera donc interventionniste, c’est à dire qu’elle
favorisera des travaux de gestion pouvant être importants pour l’accueil
de certains habitats. Nous ne nous inscrirons donc pas dans la doctrine
du « laisser faire la nature ».
Il est ainsi proposé dans cette étude 11 actions déclinées
sous forme de fiches synthétiques concernant un ou plusieurs habitats.
On retrouve ainsi :
V. Conclusion
Le site
de Flicourt était connu pour abriter une faune ornithologique remarquable.
Cette étude a permis de mettre en évidence qu’il héberge
aussi des habitats originaux et peu fréquents, ainsi que plusieurs
espèces rares en Ile-de-France dont l’une d’elle est
protégée au niveau régional.
Le plan de gestion qui sera mis en place sur ce site devra tenir compte
de ces intérêts botaniques et intégrer ces propositions.
Dans cette optique, la végétation pourra participer à
définir la vocation du site. Son ouverture permettrait de faire découvrir
au public la richesse de ce domaine, en développant en particulier
son caractère pédagogique
Une orientation complémentaire serait de perpétuer son rôle de base de recherches sur la végétation.