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Le compost : collecte et traitement des déchets verts

 

Sous l'impulsion des pays précurseurs dans le domaine de la valorisation agronomique des déchets,
les directives européennes, en préparation, vont se traduire par des textes de loi nationaux
imposant la collecte et le traitement des déchets organiques :

Valorisés par compostage ou méthanisation, ces produits aboutissent à un amendement organique
dont la qualité varie selon la nature des déchets traités et le type de transformation subi.
L'Observatoire Régional des Déchets d'Ile-de-France (ORDIF) a pour ambition :

Objectifs de qualité et aspects réglementaires

Le compostage des déchets organiques d'origine urbaine est progressivement devenu une réalité européenne. La
réglementation en vigueur favorise la collecte séparative de la fraction organique des ordures ménagères, au
détriment du compostage d'ordures brutes qui tend à disparaître. Les résultats sont très encourageants en Italie, en Allemagne et en Suisse, modestes en Belgique où le contexte en matière de gestion des déchets fermentescibles est proche de celui de la France.

Dans tous ces pays, l’écoulement du compost nécessite des moyens relativement importants pour pérenniser ce
marché, le développement de la collecte des fermentescibles multipliant quasiment par 2 la production. L’essor des plates-formes de compostage et l’image négative laissée par le compost d’ordures ménagères brutes ont montré que le marché du compost de déchets organiques triés à la source nécessitait

En France, la collecte sélective des fermentescibles devrait suivre le même développement. Elle est en particulier
implicitement exprimée dans la circulaire Voynet du 28 avril 1999 dont l'objectif affiché est d’atteindre un taux de
valorisation de 50 % des déchets ménagers, impliquant la collecte conjointe des emballages et des fermentescibles. Les composts bruts ou complémentés, assimilés à des amendements organiques, doivent répondre aux exigences de la réglementation.
En France, la commercialisation est autorisée si le compost est homologué ou normalisé (NFU 44-051 pour les
amendements organiques seuls, NFU 44-071 avec engrais...).
Les composts fabriqués à partir de produits résiduaires urbains et industriels dépendent en revanche du décret du 8 décembre 1997, relatif à la loi sur l'Eau de 1992. De multiples initiatives s’inscrivent autour de cahiers des charges imposés par certaines agro-industries ou collectivités, de labels écologiques.
En Europe, en fonction de la nature des composts, les contraintes réglementaires sont plus ou moins draconiennes :

S’agissant des composts de déchets verts et de fermentescibles, il conviendra de s’inscrire d’emblée dans la réglementation européenne qui vise à une production de qualité - Eco-Label Européen -, facilitant la reprise du compost par les utilisateurs potentiels.

Productions et perspectives en Ile-de-France

Le ramassage des déchets verts s’organise par le biais des collectes au porte-à-porte et par le dépôt en déchetterie, permettant de capter des flux élevés : entre 25 et 114 kg/habitant desservis par an.
Au plan national, une vingtaine de collectivités se sont engagées dans la collecte et la valorisation de la fraction fermentescible des ordures ménagères.
En Ile-de-France, deux structures intercommunales seulement réalisent cette collecte :

Des projets semblables existent pour un grand nombre de collectivités à l’horizon 2002. Près de 550 000 tonnes de déchets ménagers et assimilés sont compostées annuellement en Ile-de-France dans 33 unités implantées en quasi-totalité en Grande Couronne.
Le compostage en usine - 9 unités - a nécessité des investissements importants qui expliquent en partie que l’on
continue la production de composts urbains à partir d’ordure ménagères brutes, en dépit de leurs médiocres qualités. L'alternative serait de reconvertir ces installations pour ne plus y traiter que des déchets organiques propres d'origine urbaine et/ou industrielle, l'élargissement des "zones de chalandise" semblant à cet égard inéluctable. Le compostage sur plates-formes s'est quant à lui spécialisé dans la transformation des déchets verts et aboutit à un produit "noble" trouvant ses débouchés dans la grande culture.

Les compost produits en Ile-de-France peuvent être divisés en trois catégories :

En 1998, l’Ile-de-France a produit 262 000 tonnes de compost. Deux tiers de cette production est constituée de compost urbain, le reste provenant de la transformation des déchets verts et de la fraction fermentescibles des ordures ménagères. Elle correspond au quart de la production nationale de compost des déchets ménagers.

L’étude évalue à 2, 6 MT les flux récupérables de matière organique en Ile-de-France (1 MT de déchets verts, 1 MT de FFOM, 0,6 MT de matières résiduaires).
Leur traitement conduirait à une production annuelle de compost estimée, selon les hypothèses retenues, entre 460 000 et 750 000 tonnes. L’hypothèse haute nécessiterait d’augmenter de moitié la capacité actuelles des usines en les destinant aux seuls fermentescibles et de quintupler les capacités des plates-formes accueillant les déchets verts.

Débouchés

L’étude évalue à plus de 3,4 MT/an les besoins de l’île de France en amendements organiques - pour les besoins de l’agriculture, de l’aménagement paysagers et pour la réhabilitation de sites -, soit 3 fois plus que la somme de la
production prévisionnelle et des flux vendus par les formulateurs d'amendements organiques et supports de cultures. Ces derniers sont des acheteurs potentiels des composts urbains puisque des liens partenariaux unissent déjà ces professionnels et les sociétés œuvrant dans le domaine du déchet.
L'agriculture - et notamment la grande culture - consomme actuellement 90 % des composts franciliens d'origine urbaine ; elle représentera donc toujours l'essentiel des débouchés potentiels, sous réserve que l'amendement reste bon marché (30 F/T), par conséquent produit localement, et réponde aux exigences de qualité de la profession :

Les débouchés non agricoles doivent être examinés avec intérêt ; ils permettent en effet à des produits difficiles - compost de boues par exemple - d'être valorisés sans risque de contamination de la chaîne alimentaire dans l'attente notamment des avancées réglementaires attendues. Néanmoins, l'intérêt du compost demeure méconnu des utilisateurs potentiels et des conseillers des municipalités, ce qui constitue un handicap pouvant être atténué par la promotion d'opérations exemplaires et la communication.


Total espaces verts publics : 10 018 ha. Total jardin des particuliers : 76 513 ha

(1) Nouvelle définition des "jardins ouvriers" comprenant jardins, vergers, potagers, sur des parcelles indépendantes d'usage familial et non de production agricole
(2) Jardin d'agrément, potager ou verger, inférieur à 5000m2 de superficie. Les jardins dits "d'habitat rural" sont compris entre 1000 et 5000 m2
(3) Désigne les lotissements et les constructions individuelles

Production des jardins des particuliers

Les ménages qui résident en habitat pavillonnaire et qui disposent d'un jardin produisent des déchets verts. Ces
derniers, on l'a vu, sont évacués en mélange avec les ordures ménagères ou - plus rarement - font l'objet de collectes séparées. Les déchets verts sont produits pratiquement tout au long de l'année avec des pics au printemps et à l'automne.

L'époque a également une incidence sur leur nature :

L'estimation des quantités de déchets verts produites annuellement est nécessaire à une collectivité soucieuse d'une gestion écologique et économe de ses déchets, au même titre que celles des emballages ménagers ou de la matière fermentescible contenue dans les ordures ménagères. L'IAURIF a procédé à des enquêtes visant à évaluer cette production. Des ratios en ont été déduits. Ils sont présentés plus loin.

 


Soit, par m2, une production moyenne toutes catégories confondues de 1,35 kilo par m2 par an

Détermination des surfaces à prendre en compte

Une commune qui souhaite collecter séparément les déchets verts de l'habitat pavillonnaire peut, à l'aide des données du cadastre, évaluer précisement la superficie des espaces végétalisés concernés. L'utilisation du ratio permettra d'évaluer la production attendue annuellement résultant de l'entretien des jardins des particuliers.
Quand il s'agit d'évaluations qui concernent des groupements de communes ou des divisions administratives plus
importantes - cantons, départements et région -, l'utilisation, du M.O.S. qui décrit les types d'occupation du sol d'Ile-de-France, permet d'en mesurer les surfaces.
A titre d'exemple, le tableau ci-dessous fournit par département - en dehors des espaces verts publics - les superficies des différents postes de l'habitat disposant d'espaces verts (colonne de gauche).

Par département on obtient (en hectares) :

Comment sont gérés les déchets verts ?

Le schéma ci-dessous résume les principales destinations possibles pour les déchets verts :


Les déchets des espaces verts publics et les bois d’élagage

L'Ile-de-France a une superficie de 1 207 245 hectares (12072 km2), soit 2,2% du territoire national. Sa densité démographique est de 905 hab/km2. Elle représente 18,9% de la population francaise.

Source : IAURIF

L'Ile-de-France reste majoritairement une région rurale. En 1994 elle comptait 80% d'espaces naturels agricoles ou forestiers, 15% d'espaces urbains construits, 5% d'espaces urbains ouverts. Du dernier inventaire de l'occupation des sols réalisé en 1994 par l'IAURIF il ressort une diminution globale de la consommation des espaces naturels agricoles, un fléchissement de l'urbanisation et la progression des équipements "verts". 80 % de cette zone urbanisée se situe en petite couronne, comprenant Paris intra-muros et les départements des Hauts-de-Seine, du Val-de-Marne et de la Seine-Saint-Denis.

L’entretien des espaces verts et l’élagage des arbres, ainsi que leur abattage génèrent des sous-produits qu’il est nécessaire d’éliminer. Ce travail est assuré par les entreprises paysagistes et d’élagage ainsi que par les services techniques municipaux. Malheureusement, ceux-ci rencontrent de plus en plus de difficultés quant à l’élimination de ces déchets :

Plusieurs solutions sont donc envisagées pour valoriser ces sous-produits :

Les espaces concernés

Les parcs et jardins

Aucune stastistique n’est disponible concernant les parcs et jardins privés en Ile-de-France. On ne dispose que d’une évaluation du patrimoine public, soit environ 10 000 hectares.


Remarque : la ville de Paris gère 700 hectares d’espaces verts.

La production des paysagistes et élagueurs

Les entreprises

1 230 entreprises de professionnels du paysage et de l’élagage ont été recensées en Ile-de-France. Elles peuvent être classées en trois grandes catégories suivant la nature de leur activité.

Tonnages et volumes

On estime leur production à 336 000 tonnes soit près de 2 millions de m3, avec une prédominance pour les tontes et les branches d’élagage.

Production de déchets végétaux et de bois d'élagage par les entreprises


Les tontes représentent 45 % du tonnage mais seulement 15 % des volumes.
En revanche les branches occupent 34 % du tonnage mais 60 % des volumes avant broyage.
Le broyage, qui n’est cependant pas généralisé, permet de réduire ce volume d’un facteur 3.


Production par activités

Bilan global

Les déchets végétaux

On admet généralement une production de 0,1 m3 de déchets végétaux des espaces verts publics par habitant et par an. Pour l’Ile-de-France, avec plus de 10 millions d’habitants, on atteint un flux annuel d’environ 1 millions de m3 (256 000 tonnes), ce qui correspond approximativement au cumul des déchets produits par les professionnels et les services municipaux.

Le bois d’élagage

En cumulant les tonnages de branches produites par les professionnels et par les régies municipales, on arrive à 130 000 tonnes par an (1 millions de m3).

La production par département

Production totale


Estimation par défaut ne concernant que les travaux en régie des communes de plus de 20 000 habitants

Synthèse et perspectives à moyen terme

Des enquêtes pré-citées et des contacts établis avec les professionnels et les communes, ressortent quelques points forts :

La hiérarchie des difficultés semble être :

En effet les bâtiments collectifs publics ou privés qui pourraient être raccordés à une chaufferie au bois sont potentiellement très nombreux en Ile-de-France. Les difficultés résident principalement dans la méconnaissance de cette solution technique ainsi que dans le montant des investissements, alors que l’énergie bois serait, dans la perspective de valorisation d’un déchet, extrêmement bon marché. L’émergence de solutions aux difficultés rencontrées suppose nécessairement une étroite concertation entre les professionnels, les collectivités territoriales et les services de l’Etat chargés de la protection de l’environnement.

La fabrication de compost

On distingue deux types de traitement :

Le compostage en plates-formes

Le compostage en plates-formes s’adresse principalement aux déchets d’entretien des espaces verts publics mais est perçu de plus en plus comme un débouché pour les déchets végétaux des particuliers ramassés par collecte sélective. Plusieurs plates-formes de broyage-compostage sont en activité ou en projet en Ile-de-France. S’inspirant du procédé “Végéterre” mis au point par l’ADEME, ces plates-formes sont gérées par les collectivités locales, par des entreprises privées ou encore par des agriculteurs.

Estimation des coûts d’investissement et de fonctionnement pour une plate-forme traitant 20 000 m3/an


seuil de rentabilité : 2 000 t.

Comment utiliser le compost

Le compost nourrit le sol qui ensuite nourrit la plante.
L’humus apporte aux végétaux la nourriture nécessaire à leur croissance et stimule la vie microbienne par les matières organiques qui le constituent. Les cultures intensives épuisent progressivement l’humus, celui-ci doit donc être reconstitué périodiquement par des moyens naturels comme le permettait l’ancien procédé des sols en jachères ou artificiels, en apportant au sol les engrais minéraux et organiques dont il a besoin.

Le compost est donc un produit d’amendement du sol utilisé dans le but de remplacer ou de renouveler l’humus. Il possède une action bénéfique sur les qualités du sol, il :

En fonction de sa maturité, le compost peut être utilisé en paillage ou comme un amendement organique.

Le paillage correspond à un compost frais. Il consiste à couvrir le sol d’une couche de composés organiques frais :

Ou bien le compost correspond à tout stade du processus de compostage.

Un compost frais est un compost dont la fermentation a été limitée à la durée requise pour détruire les germes pathogènes et les parasites nocifs aux végétaux. Il a donc subi un échauffement dans toute sa masse pendant au moins 4 jours.
Ce compost permet la protection de la terre contre :

Il peut être utilisé en champignonnières et pour la création de couches chaudes en horticulture. L’amendement organique correspond à un compost arrivé à maturité. Un compost mûr est un compost qui a atteint un degré de stabilisation suffisant pour être débarrassé des germes pathogènes et parasites et pour ne plus provoquer d’effets phytotoxiques sur les cultures. Il permet d’améliorer les propriétés physiques et biologiques du sol, en assurant sa stabilité et son aération.
Le sol devient ainsi plus facile à travailler, plus fertile. Les plantes sont plus résistantes, la qualité et le rendement des récoltes plus élevés. Il est donc utilisable pour amender les terres de culture, les sols maraîchers et horticoles, les terrains réservés aux pépinières, ainsi que pour fabriquer les substrats de culture.

Enfin certaines utilisations ne nécessitent pas de degré de maturité particulier :

Approche économique

Coûts moyens des différents traitements


Source : ORDIF, 1995

Le compostage de déchets organiques apparaît donc comme un traitement tout à fait compétitif économiquement parlant. Si au début des années 90, la décharge était très intéressante sur le plan pécunier, elle ne l’est plus actuellement : augmentation de 300 % en cinq ans.

Conclusion

Après avoir connu un certain engouement, le compostage des ordures ménagères a stagné durant les années 80,
absorbant aux alentours de 8 % de la production nationale. Le broyage préalable au compostage des déchets a un effet négatif sur la qualité, car il homogénéise les constituants des ordures et en particulier les éléments indésirables - piles, métaux, verre... - qui se retrouvent dans le compost. De plus, la phase de tri, quand elle existe, n’est pas assez poussée.

Cela donne un produit de qualité médiocre qui rend difficile son écoulement sur le marché.
S'agissant des plates-formes de broyage-compostage qui accueillent essentiellement les déchets verts, leur nombre peut-être estimé à une trentaine en France entière dont 16 opérationnelles en Ile de France. Le volume moyen traité, par plate-forme, étant de l’ordre de 30 000 m3 (soit environ 4 500 t), 900 000 à 1 000 000 m3 de déchets végétaux (soit 135 000 à 150 000 tonnes) sont donc actuellement traitées, en France, sur des plates-formes spécifiques de broyage-compostage.
Soit : 5 à 6 % du gisement national.

De nombreux efforts ont été réalisés, d’autres sont encore à faire.
La création de la norme AFNOR et d’un label de qualité initié par l’ADEME tentent de donner une image de marque au produit. Il existe une multitude de situations et par conséquent une multitude de réponses, le compostage n’étant pas toujours la meilleure solution à envisager. Il est donc important de faire une étude préalable à la mise en route d’une logique de traitement par compostage, pour cerner quels sont les apports de matières premières (quantitativement et qualitativement), quels sont les débouchés du produit final.
Le compostage reste la solution naturelle et la plus adéquate sur le plan économique et écologique pour le traitement des déchets végétaux et de la fraction fermentescible des ordures ménagères préalablement triée. Son développement est prévisible car de plus en plus de collectivités envisagent de se doter d’un centre de traitement des déchets végétaux.
Il est également indispensable de développer la pratique du compostage individuel qui représente un complément au traitement des déchets végétaux en plate-forme.
Cette technique est, de plus, une façon de réduire à la source une fraction de la poubelle qui n'est donc pas collectée. Certaines collectivités locales aident et encouragent leurs administrés à se doter d’un composteur, contribuant de la sorte à sensibiliser la population au problème du recyclage des déchets.

Pour en savoir plus : www.ordif.com